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Chaque année, de nombreux français viennent en Espagne pour se soumettre à des traitements de reproduction assistée : don d’ovocyte (les listes d’attentes sont de plusieurs années en France), FIV avec analyse génétique des embryons (limité en France aux personnes ayant une maladie héréditaire grave), autoconservation des ovocytes (exclusivement limitée en France aux femmes présentant une pathologie à risque pour leur fertilité) ou encore FIV ou insémination avec donneur pour femmes célibataires ou couples lesbiens (interdit en France).

Anne-Lucie Dessapt est gynécologue spécialisée en reproduction assistée. Elle exerce à Barcelone dans la clinique IVI, et dans ce cadre reçoit de nombreux patients venus de France dans l’espoir de de réaliser leur rêve de devenir parents.


She Oak: Pourquoi et comment avez-vous décidé de vous spécialiser en reproduction assistée ?

Dr Dessapt : La gynécologie est une spécialité riche et diverse, touchant à l’intime et à tous les moments déterminants de la vie d’une femme. La reproduction assistée est une spécialité dans la spécialité. Elle est au commencement, et aide à l’accomplissement d’un projet de vie : être parents.

Avec l’aide des biologistes et de techniques médicales poussées, nous essayons d’aider des couples à donner la vie.


She Oak: Comment se déroule une journée type pour vous ?

Dr Dessapt : La journée type est très variée :

  • Les consultations avec des premières visites de patients: cette première visite est très importante et très dense. Les patients expliquent leur parcours, leurs antécédents. Je réalise une échographie pelvienne et nous faisons le point sur les bilans complémentaires et le déroulement du protocole.
  • Échographies de suivi de stimulation, ou échographies de contrôle de la préparation de l’endomètre avant un transfert embryonnaire.
  • Transferts embryonnaires au bloc opératoire: le moment le plus important probablement, même si tout ce qui se passe en amont compte énormément. C’est aussi l’occasion d’échanger et de partager le travail des biologistes, qui vont ensuite réexpliquer tout le cycle à la patiente.
  • Parfois, je réalise également les ponctions ovocytaires au bloc opératoire.
  • Suivi de dossiers: j’ai énormément de patients internationaux, il s’agit donc d’une médecine qui en partie se réalise à distance. Ceci implique beaucoup de temps consacrés à revoir les examens envoyés, donner les protocoles et adapter les traitements à distance.

Enfin, au cours de la journée ou dans la soirée, je réalise des appels téléphoniques pour recontacter mes patientes. C’est l’occasion d’un nouvel échange après la première consultation : refaire le point sur les examens, discuter des traitements et de leur déroulement.


She Oak: Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Dra Dessapt: Ce qui me plait dans mon travail c’est de pouvoir concilier l’aspect humain aux sciences médicales.

Mon travail en reproduction assistée à Barcelone est plus ample, plus ouvert et plus développé qu‘en France parce que les lois sont différentes.


She Oak: Une grande majorité de vos patients viennent de France pour se soumettre à des traitements de PMA en Espagne. En général, quel est le profil de ces patients et pour quelles raisons consultent-ils une clinique à Barcelone ?

Dr Dessapt : Le profil de mes patients est très varié :

  • Couples hétérosexuels qui, pour beaucoup, ont un long parcours de PMA en France, avec de nombreux échecs. Ils viennent à nous pour les raisons suivantes :
    • En Espagne, ils peuvent accéder plus facilement au don de gamètes (Ovocytes ou sperme de donneur). Les délais d’attente sont vraiment plus courts, et l’accès au don pour les patients n’est pas aussi restreint. En France les patientes se voient refuser le don après 38 ans car les délais sont de plus de 2 ans d’attente !
    • Ils peuvent réaliser une FIV avec DPI (Diagnostic pré implantatoire), permettant d’écarter les embryons « anormaux ». Le pourcentage d’embryons présentant des anomalies génétiques peut être élevé, l’âge maternel augmentant (> 60% chez les patientes de plus de 40 ans). Le DPI permet de sélectionner les embryons qui ont le plus de chances de s’implanter. Il est aussi indiqué dans les échecs d’implantation ou dans certaines pathologies masculines.
  • Les femmes seules ayant un désir de grossesse consultent à la clinique pour réaliser une IAD (Inséminations intrautérines avec don de sperme), ou une FIV avec don de sperme (ou un don d’ovocytes DO avec don de sperme).
  • Les femmes homosexuelles en couple sont nombreuses à consulter et ont recours au même type de traitement : insémination ou FIV avec donneur.
  • Enfin les femmes sont de plus en plus informées sur la possibilité de préserver leur fertilité en vitrifiant leursn ovocytes : la vitrification pour « préservation sociale » n’est pour le moment pas autorisée en France. Les femmes entre 32-39 ans viennent réaliser une stimulation ovarienne pour conserver leurs ovocytes car elles n’ont pas de projet de grossesse immédiat. Elles savent que la fertilité commence à diminuer à partir de 35 ans et les recours aux techniques de PMA après 39-40 ans apportent de moins bons résultats.

She Oak: Du point de vue des traitements, quelle est la différence avec des patients qui vivent à Barcelone et n’ont pas besoin de se déplacer (ou avec des patients français en PMA en France) ? Quel est le protocole pour ces patients français ?

Dr Dessapt : La distance entraine plus de stress pour les patients. Je travaille à la clinique en collaboration avec des assistantes médicales parlant plusieurs langues dont le français. Elles communiquent principalement par mail avec les patientes mais peuvent aussi les appeler. Elles sont très souvent un intermédiaire précieux pour répondre rapidement à la patiente.

Elles récupèrent les différents examens demandés au décours de la première consultation. Elles retransmettent les protocoles avec la liste des médicaments et les instructions détaillées.


« Pour les patients internationaux, le protocole à distance peut être assez déstabilisant. C’est aussi important pour eux de se sentir entourés, notamment à l’aide d’une association comme She Oak. »


Durant le traitement, elles me transmettent tout au long de la journée : les échographies et les analyses sanguines de toutes les patientes en cours de traitement. J’adapte les dosages, et elles fixent les rendez-vous à la clinique pour la ponction ovocytaire, l’insémination utérine ou le transfert embryonnaire.


She Oak: Dans quel état émotionnel sont vos patients lorsqu’ils vous consultent pour la première fois ?

Dr Dessapt : Après un long parcours les patients sont souvent épuisés psychologiquement. Ils ont souffert beaucoup d’échecs et attendent énormément des possibilités que peuvent leur apporter la clinique et de la réussite d’un prochain protocole.

Parfois angoissés ou stressés, ils sont souvent isolés, car il est difficile de parler de tout cela avec leur famille et leurs amis. Ce secret leur pèse beaucoup.

Dans le cadre du don de gamètes (couples ou femmes seules), ils ont beaucoup d’interrogations qui concernent : la donation, l’anonymat du don, l’information qu’ils donneront à leur enfant, la transmission, la génétique…


She Oak: Quelle est la première chose que vous leur dites ? Quels conseils leur donnez-vous ?

Dr Dessapt : Il faut tout d’abord les écouter et je leur dis que nous allons faire le maximum pour les aider, mais qu’ils ne doivent pas s’isoler.

Je pense qu’il est très important de pouvoir bénéficier du soutien de professionnels (psychologues, coachs, sophrologues, ostéopathes…), ou d’avoir l’opportunité de discuter avec d’autres patients, d’autres personnes qui ont partagé des expériences similaires.


She Oak: L’infertilité est, malheureusement, un phénomène de société de plus en plus courant, et de plus en plus présent dans les medias. Cependant, dans la sphère privée cela reste un sujet très tabou : les personnes concernées s’en ouvrent très peu à leur entourage et disposent finalement d’assez peu d’information. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous remarqué une évolution à ce sujet ?

Dr Dessapt : Malgré l’information diffusée dans les médias et alors que 20% des couples sont amenés à un moment donné à consulter pour une difficulté à concevoir un enfant, il est très difficile d’en parler au sein de sa propre famille ou de son entourage proche.

La rediscussion et le débat actuel sur les lois de Bioéthique vont j’espère permettre à la société française d’évoluer, et aux patients de se sentir écoutés compris, aidés, et moins isolés.

Je crois que les choses évoluent grâce notamment aux témoignages de patients, de professionnels français et aussi notamment espagnols, qu’offrent certaines associations comme la vôtre, She Oak.

Beaucoup de mes patients consultent parce qu’un couple d’amis a eu un enfant avec notre aide : c’est une preuve que le sujet est un peu moins tabou.


She Oak: Les thérapies naturelles telles que l’acupuncture ou l’ostéopathie ont une efficacité de plus en plus reconnue pour optimiser les résultats de la PMA. Quelle est votre vision ? Est-ce une chose que vous prenez en compte dans les cycles de PMA ?

Dr Dessapt : L’acupuncture et l’ostéopathie peuvent nous apporter beaucoup.

La prise en charge en reproduction assistée doit être globale et complète. Il y a le protocole en lui-même, mais tout ce qui peut l’entourer est essentiel.

Je conseille souvent à mes patients d’intégrer au processus une prise en charge par un spécialiste orienté dans l’infertilité (acupuncture, ostéopathie, …). Les séances peuvent se réaliser en amont du protocole, mais aussi à Barcelone avant et après un transfert embryonnaire.


« La prise en charge en reproduction assistée doit être globale et complète. Je conseille à mes patients d’intégrer au processus une prise en charge par un spécialiste orienté dans l’infertilité (acupuncture, ostéopathie, …)« 



She Oak: Pour terminer, quels conseils pouvez-vous donner à un couple ou une personne qui pense se diriger vers l’Espagne pour des traitements de PMA ?

Dr Dessapt : Il est important d’avoir un spécialiste en France qui pourra les soutenir, les orienter et les conseiller dans ce projet. Les cliniques de reproduction assistée en Espagne sont nombreuses. Il faut prendre le temps de se renseigner auprès de professionnels en France ou d’associations pour s’orienter au mieux. Le premier contact avec la clinique et ses professionnels (première consultation), et son ressenti sont primordiaux.

La possibilité d’être en lien avec une association comme She Oak peut, je crois, aider et rassurer les patients, car ils se sentent accompagnés tout au long de la démarche.


Nous espérons que cette interview vous a paru intéressante. N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples informations.

MERCI DE NOUS LIRE!

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